1. Vous avez travaillé pour plusieurs grandes banques au cours de votre carrière dans la finance. Comment avez-vous perçu l’évolution des actifs alternatifs, tels que le private equity et les infrastructures, dans les portefeuilles des clients privés ?
Les actifs alternatifs, non cotés, sont aujourd’hui au centre des préoccupations des clients privés. Lorsque j’étais responsable du private equity dans de grands établissements suisses, les fonds de buy-out et de capital-risque étaient recherchés, mais devaient être structurés spécifiquement pour les clients privés. Aujourd’hui, les investisseurs privés s’intéressent également aux infrastructures, à l’immobilier, au crédit et au private equity secondaire dans le but de diversifier leurs portefeuilles. Des défis tels que la liquidité et les structures institutionnelles sont désormais abordés.
2. Selon vous, les titres d’infrastructure ont-ils leur place dans la poche actions d’un portefeuille, ou les considérez-vous davantage comme une alternative liquide au private equity ?
Les fonds de titres d’infrastructure doivent être considérés comme des fonds d’actions thématiques, plutôt que comme une forme liquide de private equity (Brookfield Infrastructure Partners et 3i Infrastructure plc entreraient dans cette catégorie). L’objectif des fonds thématiques est d’offrir aux investisseurs un moyen d’exploiter des thèmes de croissance séculaire. Les fonds thématiques les plus populaires englobent généralement des thèmes à l’avenir prometteur, tels que l’intelligence artificielle, l’innovation « disruptive », la robotique, la cybersécurité, la transition énergétique, la génomique, la blockchain et l’explosion des données. Le thème de l’infrastructure a connu un engouement important au cours des cinq dernières années, de nombreuses grandes sociétés de gestion proposant désormais un (ou plusieurs) fonds d’infrastructures.
3. En quoi le fonds d’infrastructures de Quaero Capital se distingue-t-il des autres ?
Avant tout, nous avons été le premier fonds à nous concentrer sur les valeurs de croissance au sein de l’univers des infrastructures. Lorsque les taux obligataires étaient bas, les fonds d’infrastructures étaient recherchés comme source de rendement. Les sociétés de distribution d’eau, de gaz et d’électricité à faible croissance et à rendement élevé étaient privilégiées. Cependant, depuis que la Réserve fédérale américaine a commencé à normaliser sa politique monétaire en 2017, nous nous sommes concentrés sur les actions d’infrastructures qui réinvestissaient leurs flux de trésorerie dans des projets à haut rendement plutôt que de verser des dividendes. Depuis des années, nous nous concentrons exclusivement sur les valeurs de croissance du secteur des infrastructures, ce qui signifie que notre allocation est très éloignée des indices d’infrastructures et des concurrents, ce qui nous a permis de tirer notre épingle du jeu. Toutes choses égales par ailleurs, notre performance devrait donc être supérieure à celle de l’indice et de nos concurrents.
4. Pouvez-vous donner des exemples du type d’infrastructures dans lequel vous avez investi ?
Nous nous concentrons sur les thèmes qui ont le vent en poupe, et ils ne manquent pas dans les infrastructures cotées aujourd’hui. La transition énergétique est probablement le thème d’investissement majeur de la décennie, et le secteur des infrastructures est idéalement placé pour en bénéficier. Nous nous concentrons sur les sociétés de transmission et de distribution d’électricité qui relient les sources d’énergies renouvelables à la base croissante des utilisateurs d’électricité, les sociétés qui construisent les réseaux de fils. L’explosion des données liée à la 5G et à l’IA est l’autre grande tendance de la décennie. Nous abordons ce thème via les tours téléphoniques et les centres de données. La demande d’eau propre et de gestion durable des déchets est un autre sous-secteur sur lequel nous nous concentrons. Ce sera une grande décennie pour ces types d’infrastructures de croissance.
5. Que se passera-t-il si Trump revient au pouvoir ? La dernière fois, il a promis de nombreux investissements en infrastructure, mais il n’a pas tenu ses promesses. En sera-t-il autrement cette fois-ci ?
En fait, le président Biden a mis en œuvre le plan initial de Trump en signant en 2021 la loi sur l’investissement dans les infrastructures et l’emploi (Infrastructure Investment and Jobs Act), d’un montant de 1 000 milliards de dollars, qui commence à peine à être mise en œuvre. Depuis, il a signé la loi de 2022 sur la réduction de l’inflation, qui prévoit USD 900 milliards pour une série d’initiatives, en particulier l’investissement dans la production nationale d’énergie, tout en promouvant les énergies propres. Cette loi a constitué une incitation majeure au développement de l’électricité éolienne et solaire aux États-Unis et a apporté un soutien essentiel à l’industrie de l’énergie nucléaire. Trump et Nikki Haley ont tous deux tourné en dérision le projet de loi, et Trump a vivement critiqué l’industrie éolienne offshore. D’après les discussions que nous avons eues avec les bénéficiaires de la loi, il est très peu probable que l’un ou l’autre candidat tente d’abroger la loi (qui profite de manière disproportionnée aux États « rouges » [ndlr : républicains]), mais la mise en œuvre de certains aspects pourrait être retardée. Alors que l’industrie américaine des combustibles fossiles trouvera davantage de soutien sous Trump, nous pensons que le développement des énergies renouvelables et les investissements massifs nécessaires à la modernisation des réseaux de transmission et de distribution de l’électricité aux États-Unis se poursuivront à un rythme soutenu, étant donné que ces activités sont réglementées au niveau régional.