3 questions à…

Olivier Ken, gérant de Quaero Capital Funds (Lux) – Net Zero Emission

Olivier Ken a rejoint Quaero Capital (France) SAS en 2022 en tant que Gérant de portefeuille. Après avoir développé la franchise « Cleantechnology » pour Jefferies à Paris, Olivier rejoint Ecofi Investment (groupe Crédit Coopératif) en tant que gérant de fonds thématiques.

Net Zéro peut-on y croire?

Olivier Ken : Atteindre une économie Net Zéro en 2050 est un challenge. Cela implique de modifier à la fois nos modes de production et de consommation. La bonne nouvelle est qu’on estime (IEA) que la majorité des technologies existent déjà pour atteindre les objectifs à horizon 2030. Au-delà, il faudra en développer de nouvelles. Nous restons optimistes car les investissements privés et publics sont énormes et la technologie progresse rapidement. Nous pensons notamment aux développements dans les batteries pour véhicules électriques (nouveaux matériaux, nouvelle chimie) qui vont permettre d’étendre l’autonomie et réduire le coût des véhicules électriques ce qui permettra une accélération de l’adoption. Toujours dans le transport, les investissements dans les carburants « naturels » à base d’huile végétale ou animale pour l’aviation (les « Sustainable Aviation Fuel ») sont spectaculaires. Leur production va être multipliée par 5 au cours de la décennie. Dans l’énergie, la production d’énergie renouvelables va être multipliée par 3 d’ici 2030 et connait un soutien réglementaire sans précédent (Green Deal en Europe, IRA aux Etats-Unis).

Net Zéro et croissance sont-ils compatibles?

Olivier Ken : Ils sont non seulement compatibles mais aussi liés. La notion de décarbonisation est intimement liée à la notion de technologie. Pensez aux semiconducteurs sans lesquels on ne peut pas produire de panneaux  solaires, d’éoliennes ou de véhicules électriques. Selon la SIA (Semiconductor Industry Association), le marché des semiconducteurs devrait doubler au cours de la décennie, et représente une partie importante de notre fonds (20%). Atteindre le Net Zéro implique une accélération de l’investissement et de l’adoption. Pensez aux véhicules électriques : au mois d’août leurs ventes en Europe ont dépassé les ventes de véhicules diesel et représentent déjà 20% des ventes totales de véhicules. L’histoire des innovations, de l’invention de la machine à vapeur à l’internet ou aux smartphones nous a appris un enseignement : sa vitesse d’adoption est systématiquement sous- estimée. Notre but est d’identifier les bénéficiaires, leaders d’aujourd’hui ou de demain dans les grands secteurs de l’économie : l’énergie, le transport, l’agriculture, l’industrie et les bâtiments.

Quels sont les indicateurs que vous utilisez pour évaluer le Net Zéro?

Olivier Ken : Pour chaque société, nous évaluons avec notre équipe ESG le pourcentage d’éco activités dans le chiffre d’affaires. Ce pourcentage représente la part de l’activité qui, soit réduit directement les émissions de CO2 (producteurs d’énergies renouvelables) ou offre des équipements, services ou technologies qui permettent à leur client de réduire leurs émissions de CO2 (équipements éoliens, solaires, efficacité énergétique).

Également, nous mesurons l’impact sur le carbone, par l’indicateur des émissions potentielles évitées (indicateur que nous communiquons annuellement dans notre rapport d’impact). Bien que les entreprises puissent et doivent s’efforcer de réduire leurs émissions opérationnelles, leur impact le plus important sera celui des produits et services qu’elles vendent. Ceux-ci se traduiront par des réductions d’émissions pour les clients pendant de nombreuses années. Les émissions évitées correspondent à la différence mesurée entre les émissions de l’entreprise et une situation de référence – soit un scénario (par exemple, le scénario 2DS de l’AIE), soit une gamme de produits de référence (par exemple, les véhicules électriques par rapport aux véhicules à combustion). Les estimations tiennent compte de la chaîne de valeur et de tous les éléments du cycle de vie du produit, et chaque secteur économique dispose de son propre ensemble de scénarios et d’indicateurs à des fins de comparaison.

Enfin, nous monitorons la trajectoire du fonds  2°C et 1.5°C (comparée à l’indice de référence, MSCI World et le nombre de sociétés qui se sont fixé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre conformes aux meilleures données scientifiques sur le climat et approuvés par l’initiative SBTi qui veille à ce que ces objectifs soient suffisants pour répondre à un scénario de 1.5°C.