Cet article est paru dans Le Temps du 20.04.2026.
En allouant de façon sélective le capital, les gestionnaire actifs ont un effet positif sur les marchés et la croissance économique.
Ce n’est une nouvelle pour personne : la dernière décennie a vu la part de marché des stratégies passives augmenter massivement. Au niveau mondial, celle-ci est ainsi passée de 23% en 2015 à 43% à fin 2024. Et même si la Suisse reste plus réticente vis-à-vis de la gestion indexée, notre pays a suivi une trajectoire similaire, avec des investissements passifs qui représentaient 37% du total en 2024 contre 20% dix ans auparavant. Or si leurs coûts sont plus faibles — ce qui améliore en théorie leur résultat net pour les investisseurs, de nombreuses études ont montré que ces produits ont toutefois des effets négatifs, par exemple en augmentant la volatilité des titres sous-jacents et en réduisant la liquidité. Mais surtout, comme ils surpondèrent par nature les actions ayant le plus monté et qu’ils délaissent les titres sous-évalués indépendamment de leurs perspectives, ils renforcent la surévaluation et nuisent au bon fonctionnement des marchés.
La gestion active joue un rôle majeur dans l’amélioration de l’efficience
Réduire la gestion active à la question des frais, c’est oublier le rôle bien plus large que joue cette approche d’investissement dans les marchés boursiers et dans l’économie en général. En effet, comme le montre une étude[1] publiée en début d’année par l’Asset Management Association Switzerland (AMAS), les gérants actifs remplissent une fonction économique essentielle, en allouant le capital de façon sélective aux entreprises qui présentent des fondamentaux solides, une productivité élevée, un fort potentiel d’innovation et une bonne gouvernance. Contrairement aux stratégies passives, les gérants actifs orientent ainsi les ressources vers les sociétés les plus prometteuses et les plus productives, ce qui a un impact positif sur l’efficience de l’allocation de capital dans l’économie.
Des résultats convaincants sur 20 pays
Car comme le montre la publication de l’AMAS, la gestion active stimule la croissance économique future des pays et l’évolution de leur marché boursier. De fait, les données recueillies dans 20 pays développés sur les 35 années entre 1990 et 2024 ont permis d’établir que, lorsque la part de la gestion active augmente au cours d’une année donnée, la croissance économique et la performance boursière s’améliorent au cours de l’année suivante. En termes chiffrés, une augmentation de la part de la gestion active de l’équivalent d’un écart-type entraîne un an plus tard une hausse de la croissance moyenne du PIB de 14 points de base et des rendements boursiers de près de 25 points de base par pays et par année.
Un effet positif majeur pour la Suisse
Cet effet est particulièrement notable en Suisse, car notre pays se caractérise par une proportion de gestion active plus élevée que la moyenne mondiale (43.09% contre 37.52%). Concrètement, l’effet annuel sur la croissance du PIB et sur le marché des actions de notre pays a ainsi été de 43 et de 60 points de base respectivement. Sur 35 ans, cela a permis au PIB suisse d’atteindre un niveau 16% plus élevé que ce qu’il aurait été sans gestion active, avec pour conséquence des emplois plus nombreux, une augmentation des revenus des ménages, des finances publiques plus solides et un allègement de la dette. En effet, dans une économie comme la nôtre qui se distingue par un faible chômage, une augmentation même modeste de la croissance a eu des effets substantiels sur l’emploi, à travers des hausses des salaires réels. Ces gains ont renforcé à leur tour la consommation intérieure, stabilisant les cycles économiques et soutenant un niveau de vie particulièrement élevé. L’impact a également été positif sur les finances publiques, grâce à des recettes fiscales supplémentaires qui ont permis de limiter l’endettement de l’État et de financer nos infrastructures, notre éducation et nos programmes sociaux. Quant à la surperformance de la bourse, celle-ci a eu également des effets positifs pour l’ensemble de la population, puisqu’elle a engendré sur la même période un gain de richesse accumulée de CHF 27 milliards dans le cadre du deuxième pilier.
La finance : moteur d’innovation
En sélectionnant les entreprises les plus prometteuses, la gestion active favorise donc au fil du temps une économie plus dynamique, soutenue par une expansion plus rapide des niches manufacturières innovantes, par le développement de secteurs d’exportation compétitifs à l’échelle mondiale et la croissance des activités de services à forte valeur ajoutée. Le secteur financier suisse, qui représente déjà près de 10% de la valeur ajoutée nationale, agit donc comme un moteur d’innovation en permettant aux entreprises de financer la recherche et le développement, d’adopter de nouvelles technologies et de se développer à l’international. Une meilleure allocation des capitaux augmente les niveaux de productivité, attire un capital humain qualifié et renforce la position de la Suisse comme l’une des économies les plus compétitives et innovantes au monde.
Comme on le voit, le débat entre gestion active et gestion passive ne devrait pas se réduire à une simple question de performance individuelle des fonds ou de niveau des frais. Au contraire, il est important de tenir compte des implications économiques plus larges qu’entraîne une allocation active des capitaux. Pensez-y la prochaine fois que vous devrez choisir entre un ETF d’un gérant américain et un fonds suisse géré de façon active par un gérant local !
[1] «The Economic and Financial Benefits of Active Fund Management for Switzerland”, Florian Weigert, Université de Neuchâtel, Janvier 2026.