Cet article est paru dans Le Temps du 14.04.2025.
Il serait possible pour la plupart des Conseils de fondation d’augmenter le rendement de leur caisse de pension sans prendre plus de risques, tout simplement en optimisant leur stratégie d’investissement. De fait, à trop vouloir limiter les risques de placement, ils pourraient oublier que leur responsabilité est également de générer des rendements suffisants pour ne pas mettre en péril les objectifs de la prévoyance professionnelle.
Comme le montrent les statistiques des fonds de pension sur 20 ans compilées par la Confédération[1], la performance des investissements a ajouté plus de CHF 500 milliards à nos actifs de retraite. Ainsi, plus que les cotisations des employeurs et des employés, c’est le rendement des placements qui contribue le plus à notre prévoyance. La performance est donc essentielle pour le bon fonctionnement de notre système de retraite et elle permet à la moyenne des institutions de 2ème pilier suisses d’afficher un taux de couverture de l’ordre de 118% (ajusté aux actifs), gage de la bonne santé de nos caisses.
Des caisses très prudentes
Les Conseils de fondation ont la tâche ardue de déterminer quelle allocation d’actifs à long terme permettra à leur caisse de pension de faire face à ses engagements en termes de prestations de retraite ou en cas de décès, tout en étant capables de résister aux fluctuations de marchés sur la durée, de manière à préserver leur solidité et leur crédibilité. A cet égard, la quantité de risque prise par le fonds de pension devient critique pour pouvoir bénéficier pleinement de l’évolution des différents marchés financiers et ainsi atteindre les objectifs de performance.
Afin d’explorer les améliorations potentielles dans les politiques de placement de nos caisses de retraite, l’Association Suisse d’Asset Management (AMAS) a récemment mandaté la société de conseil WTW pour analyser et quantifier leur capacité à prendre du risque et mesurer leur potentiel de performance[2]. Les conclusions de cette étude méritent que l’on s’y attarde. La première constatation – et c’est rassurant – est que nos fonds de pension contrôlent de manière satisfaisante le risque auquel elles sont confrontées. Toutefois, plus de 75% d’entre elles pourraient augmenter leur risque d’investissement sans pour autant mettre en péril leur équilibre structurel. En le contraignant de manière excessive, ces caisses restreignent également leur capacité à performer sur le long terme. Il est important de rappeler ici que le risque est, en tout cas partiellement, symétrique : autant il faut absolument éviter de plonger une caisse dans les chiffres rouges, autant une performance insuffisante peut être catastrophique sur le long terme pour garantir les prestations futures.
Une grande différence pour les assurés
Le second enseignement est que, sans même augmenter leur niveau de risque, la plupart des fonds de pension suisses pourraient augmenter leur rendement, simplement en optimisant leur politique d’investissement. Sans entrer dans des considérations techniques qui sont longuement détaillées dans l’étude, il apparaît clairement qu’une trop grande dépendance aux actifs domestiques et aux obligations limite le potentiel de performance de nos caisses de retraite. Par ailleurs, une trop grande timidité par rapport aux placements alternatifs (hedge funds, infrastructure et private equity) restreint leur performance potentielle — sans oublier que la décorrélation de ce type d’investissements constitue un atout particulièrement intéressant dans l’environnement volatil actuel. Et la différence en termes de prestations aux assurés peut être considérable ! En effet, en exploitant le potentiel d’augmentation du rendement, l’étude calcule qu’à risque égal, les 25% des institutions de prévoyance ayant la plus grande marge d’efficience pourraient augmenter leur rendement attendu de 0.84% par an en moyenne. Sur un horizon de 10 ans, cela augmenterait les prestations assurées d’environ 11.7% par personne assurée.
Les Conseils de fondation ont une responsabilité de performance
Le rôle du Conseil de fondation est bien entendu de limiter la prise de risque. Mais il est également de s’assurer que la caisse remplisse son rôle et atteigne ses objectifs de performance. C’est uniquement à ce prix que notre système de retraite (qui compte parmi les meilleurs au monde) pourra rester pérenne. A cet égard, il est bon de souligner que le cadre réglementaire est parfois très contraignant pour des Conseils de milice et qu’une trop grande concentration sur le risque absolu pourrait les amener à faire passer au second plan les objectifs de placement sur le long terme.
Ces dernières années, une bonne partie du débat politique s’est concentrée sur les coûts de notre système de retraite. Certes, ceux-ci peuvent être importants, mais ils doivent impérativement être mis en relation avec les résultats obtenus. Car il ne sert à rien d’obtenir la gestion la moins chère si sa performance reste décevante et que les objectifs ne sont pas atteints. Les récents débats sur le taux de conversion doivent donc être mis en relation avec une analyse sans complaisance de la capacité de notre système de retraite à atteindre les objectifs que nous lui avons fixé.
[1] Office fédéral de la statistique, Statistique des caisses de pension.
[2] AMAS, “Risk capacity and investment risks of Swiss pension funds”, janvier 2025.