Cet article est paru dans Le Temps du 03.02.2025.
Avec son slogan « Drill Baby, Drill » et ses annonces tonitruantes, Donald Trump semble avoir sonné le glas des énergies propres. Mais au pays de l’économie de marché, l’argent reste le principal moteur des décisions. Et à ce jeu-là, les énergies renouvelables ont encore l’avantage, d’autant plus que le reste du monde est bien engagé sur la voie de la transition énergétique. Le solaire pourra donc continuer à briller.
La peur du retour en arrière
Dès son investiture, le nouveau président américain a annoncé la fin des plans de soutien à la transition énergétique, un net assouplissement des différentes réglementations de protection de l’environnement et un retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Il est donc légitime de craindre un coup d’arrêt en matière de progression de l’économie américaine vers la neutralité carbone. Le plan massif de réduction de l’inflation (IRA) voté en 2022 pourrait également être partiellement démantelé, notamment les crédits d’impôt qui ont été un facteur de soutien majeur pour le secteur des énergies renouvelables. L’impact serait notable pour des industries comme les véhicules électriques, les panneaux photovoltaïques de toiture ou l’éolien offshore.
La réalité n’est pas si simple…
Si ces annonces sont naturellement négatives pour la transition énergétique, il faut être conscient que Donald Trump n’est pas dans une situation très favorable pour imposer une sortie totale de la Convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique ou une abrogation complète de l’IRA. En effet, il ne dispose pas d’une majorité absolue dans le camp républicain et certains Etats « rouges » dépendent économiquement de la transition énergétique, qui assure un grand nombre d’emplois. De plus, il n’est pas inutile de rappeler que Tesla, et donc Elon Musk, est l’un des premiers bénéficiaires des aides aux véhicules électriques et aux stations de recharge. On peut donc espérer que la réalité soit moins violente que les annonces initiales.
La demande augmente
Il faut également tenir compte de la réalité : les besoins en électricité sont appelés à croître de 20% d’ici 2030, ne serait-ce qu’en raison de l’appétit insatiable de l’ogre IA. Or, la mise en œuvre d’installations d’énergie renouvelable, qu’il s’agisse de parcs éoliens ou de centrales solaires, est bien plus rapide que la construction de leur équivalent thermique. A titre d’illustration, rappelons que la simple commande d’une turbine à gaz est soumise à un délai de livraison de 5 ans. Face à l’urgence, l’énergie propre est donc la seule voie efficace.
Ailleurs, l’engagement reste fort
On a parfois tendance à l’oublier, même en Europe, mais le monde ne se résume pas aux Etats-Unis. Il ne faut donc pas surestimer l’importance au niveau global du coup de frein américain. Tout d’abord, parce que, outre des raisons idéologiques, la position de Donald Trump s’explique en bonne partie par le fait que les USA disposent d’une forte capacité de production de pétrole et de gaz naturel. Tel n’est de loin pas le cas en Europe, où le passage à des énergies renouvelables est aussi une garantie d’indépendance, comme le choc énergétique qu’a constitué la guerre en Ukraine l’a rappelé de façon brutale. Malgré la montée de la droite dure en Europe, il est donc peu probable que les ambitions du Green New Deal soient remises en cause de façon importante.
L’argent est plus fort que les lois
Mais le principal atout des énergies renouvelables tient tout simplement dans leur coût plus avantageux. Car si la survie de ces industries dépendait totalement des subventions publiques lorsqu’elles étaient naissantes, tel n’est plus cas aujourd’hui. De fait, le coût minimum actualisé du MWh (« Levelized Cost of Energy ») sans subventions est de USD 27 pour une ferme éolienne onshore et de USD 29 pour une centrale solaire, mais grimpe à USD 45 pour une installation à cycle combiné au gaz et à USD 69 pour l’électricité issue du charbon, pour exploser à USD 142 pour une centrale nucléaire[1]. Les énergies propres sont ainsi aujourd’hui sans conteste les moins chères et il ne fait donc guère de sens économique d’y renoncer.
Un élan plus fort que la politique
Si le pouvoir politique propose, ce sont finalement les entreprises et les particuliers qui disposent. Or, de très nombreuses sociétés présentes au niveau mondial ont pris des engagements forts pour réduire leurs émissions. Que ce soit par pur souci éthique, pour répondre aux attentes des consommateurs ou pour éviter des taxes carbone, elles ont souvent entrepris des programmes à long-terme, qu’elles n’ont guère intérêt à remettre en cause dans une vision court-termiste. On en voit concrètement l’illustration avec l’accord qu’a conclu il y a quelques jours Microsoft au Brésil afin d’acquérir des crédits carbone dans le cadre d’un projet de reforestation d’une surface équivalente à 3 fois la ville de Paris.
Changement de leadership
Et si les USA renoncent à leur rôle de précurseurs, ce sont la Chine et l’UE qui vont assumer le leadership dans la lutte contre le changement climatique et ainsi garder sur les rails la transition énergétique mondiale. De fait, la Chine a investi plus de USD 34 milliards dans des projets climatiques et a déjà atteint avec 6 ans d’avance son objectif d’émissions pour 2030. On peut donc espérer que, poussé par un sursaut d’orgueil national, Donald Trump ne voudra pas longtemps faire figure de mauvais élève.
[1] Source : Lazard 2024